Lettre A Barth: Au Nom Des Libertés Bafouées

( Par Adama Gaye )

Ce n’est pas un hasard si deux personnes, qui ne se connaissent pas, l’une étant un avocat, l’autre administrateur civil, m’ont envoyé des vidéos ou tu es interviewé sur le bradage du foncier maritime sénégalais. Ce que tu y dis n’est pas que gravissime mais essentiel.

Au nom du droit de savoir, au nom des libertés, au nom de l’âme et de la dignité de notre peuple et nation, tu fais bien de percer le voile scandaleux des affaires louches, sur fond d’une peur sans précédent, qui embuent la marche obstruée de notre pays.

Tu y dénonces, à mots à peine voilés, le règne de la franc-maçonnerie qui explique pourquoi Macky Sall, qui en est un membre agité et militant, ait pu décerner nos terres les plus précieuses à des individus dont la réputation est des plus sulfureuses: Denis Sassou Nguesso, pour ne citer que lui, n’en étant que l’un des plus reconnaissables.

De qui tenir…
Ton courage et la pertinence de tes propos ne m’étonnent pas. Tu as de qui tenir.

Ton père, Jean-Paul Dias, ta mère, Christiane Lopes, sont de brillants sujets. Je me flatte de les considérer comme des amis très proches depuis des dizaines d’années. Ce n’est pas pour rien que dès mon arrestation, illégale et arbitraire, pour m’empêcher de parler et d’écrire, ton père fut l’une des premières personnes à être venues me voir pour m’exprimer ses encouragements, son soutien.

Et toi-même, pendant que j’étais à l’intérieur de la prison, tu eus le courage de demander publiquement ma libération, à la différence de tant d’autres politiciens, dont certains avaient été défendus par moi quand ils s’étaient trouvés dans la situation injuste que je vivais.

La question foncière que tu as soulevée n’est pas banale. Elle est au cœur de celle des libertés qui s’érodent sous nos yeux. Avec hélas l’aide d’un peuple muet et inactif voire prêt à jouer le sale rôle pour légitimer leur musèlement.

Je me demande ce qu’il faudra pour que le peuple sénégalais comprenne qu’en tolérant et justifiant les arrestations et détentions de militants prodemocratiques, comme Assane Diouf et Abdou Karim Gueye, il se tire lui-même une balle dans l’œil.

Il en fut ainsi des citoyens allemands et soviétiques qui pendant les purges et chasses aux sorcières contre les juifs et les déviants de la doxa nazie et Staliniste se turent jusqu’à ce qu’ils réalisèrent que leur tour était venu.

La defense des principes attachés à la personne humaine fut longtemps le charme du Sénégal. Sa justice l’incarnait avec des juges justes et courageux, ayant le droit chevillé au corps, comme le juge Ba, celui qui libéra en 1986, sous nos applaudissements les participants à la marche anti-apartheid menés par un certain Abdoulaye Wade.

De ma jeunesse sénégalaise, je garde le souvenir de ces audaces qui faisaient sortir les foules en commençant par ies étudiants pour célébrer celles et ceux qui osaient faire face au pouvoir. Tel n’est plus le cas…

Morne plaine
C’est le temps désormais de la morne plaine des compromissions et de la fuite générale de responsabilités.

Le champ est libre pour que les libertés publiques et individuelles soient rabotées. Nul ne s’offusque de voir qu’on emprisonne à tout va. On murmure à peine quelque surprise en constatant que l’état pourchasse et fait tabasser jusque dans les lieux de cultes d’innocents citoyens.

Il est même devenu normal que justice, sécurité et police soient au service d’une dictature mue par une seule ambition: le vol de nos ressources et les viols de nos droits.

Le tout est fait avec l’acquiescement bruyant de troubadours de tous poils rivalisant sans gêne rien que pour se faire remarquer et coopter dans la caste des dames de compagnie, les collabos, kapos, de ces temps décidément lugubres qui couvrent d’une couche encore plus sombre la nuit des capitulations sénégalaises.

Quand je t’ai entendu parler sur les deux vidéos, Cher Barth, me sont revenus les procès publics menés à l’époque par tes détracteurs, jusque par des injures familiales, alors que le régime de Wade te menait vers une prison à Kedougou dans le but de te…finir.

Loin du Sénégal, je reçois les mêmes charges qui ne sont en réalité qu’une manière de décourager les voix de la résistance.

Pas plus tard qu’hier une dame m’a ainsi dit que “des gens pensent que je m’oppose pour n’avoir pas eu ma part de gâteau”, ce à quoi je lui ai rappelé mon refus voici plus de 15 ans de participer à un partage de 3, 5 millions de dollars quand Macky Sall, voleur émergent, m’avait envoyé un homme de grande famille pour me faire…céder.

La dame ajoute: “ils disent que tu as craqué en prison”. J’en ai ri et ai eu envie de lui dire de faire un sondage à la prison, au tribunal et à la dic. Elle aurait su que, non content d’avoir renvoyé blackbouler tous les promoteurs d’une réconciliation et rejeté les démarches du pouvoir, par diverses voies détournées ou directes, pour me faire accepter son offre de paix avec lui, mon séjour en prison restera dans les annales judiciaires et carcérales du Sénégal. Comme un abécédaire du refus de toutes compromissionnite…
L’histoire a déjà retenu les faits. J’y ai fait trembler juges, policiers, administrations pénitentiaires, et l’état, en commençant par macky Sall.

De façon concrète, j’ai fait si peur au juge d’instruction jusqu’à ce qu’il fuit son siège, terrorisé toute la prison de Rebeuss jusqu’à faire écarter de ma route quiconque s’y trouvait, en commençant par les gardes et opposé un refus jamais vu à toutes les dérives de la Dic. Ce serait bon de faire un sondage sur place.

Mon livre Otage d’un État détaille ce passage entré dans la postérité en prison dont le but était pour le poltron macky SALL de se prémunir des mes charges qui le réduisent à son statut d’occupant de chaise anglaise.

Si je rappelle ces propos colportés et parfois repris par écrits, mensonges diffamatoires dont la justice connaîtra, que ce soit dit, c’est qu’ils participent de cette campagne ambiante pour imposer un rideau de plomb sur les libertés publiques.

Tout y passe pour que personne ne parle et ne s’oppose. De la corruption passive aux accusations fabriquées, aux quolibets pour faire lâcher prise, rien, absolument rien, n’est de trop, pour que la culture du silence et de la sujétion devienne l’ordre de marche d’un peuple invité à abdiquer ses droits et libertés.

Barthelemy Dias a raison de dire que le bradage des emprises foncières, y compris celles par Mamour Diallo, interpelle d’abord le peuple sénégalais. C’est lui et lui seul qui se doit de dire ici et maintenant s’il est complice de cette insulte à sa dignité, a son honneur, du pillage de ses biens, de l’écrasement des libertés, de la destruction de l’économie nationale, des viols de la démocratie, de la profanation des mémoires ancestrales.

Le temps de la révolte des peuples pour reprendre leurs destins en mains est le nouveau chapitre de l’histoire planétaire qu’ouvre la terreur du coronavirus. Le Sénégal ne doit pas être en reste. Révoltons nous contre les SALLauds.

Adama Gaye, Le Caire 6 juin 2020

Ps: Hier nuit, un jeune employé de l’assemblée nationale m’écrit pour me décrire ce qui se passe dans cette méprisable assemblée: 50 millions Cfa par mois de fonds communs a son président ; 27 millions à Aymerou Gningue, du groupe parlementaire apr; des vieillards qui refusent d’aller à la retraite, comme Joséphine Diallo, secrétaire générale de l’assemblée; des hauts cadres n’ayant même pas le niveau de cm2; des bureaux équipés à…100 millions pour des meubles!
Pendant ce temps les assistants parlementaires, diplômés universitaires, ne peuvent pas être recrutés.
Ainsi va le Sénégal. La révolte est un devoir.

Peuple du Sénégal, as tu du cœur? Va, vole et venge toi…tu as trop été tolérant, complice de ton malheur!

Author: La Rédaction

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