Quel est l’intérêt d’Ousmane Sonko dans le dossier ASER ? (Par Dr Madior LY)
Plusieurs éléments troublants entourent le dossier ASER–AEE Power EPC et interrogent sur l’ampleur des enjeux politiques qu’il recouvre.
Selon Africa Confidential (octobre 2025), alors qu’un marché faisait l’objet d’un traitement par le CRD de l’ARCOP, le Premier ministre Ousmane Sonko aurait reçu José Gonzales Tauz (DG de AEE Power EPC) le jour du Magal de Touba 2024, à un moment où les esprits et les radars étaient largement tournés vers la ville sainte. L’ARCOP suspendait le marché le 2 octobre 2024 (jour du limogeage de son DG), et la Cour suprême confirmait cette suspension par une ordonnance rendue le 21 novembre 2024. La séquence interroge d’autant plus qu’en décembre 2024, Al Amine Lo, secrétaire général du gouvernement, recevait Antonio Sala, directeur de la banque Santander, partenaire financier du projet.
La question est simple : ces démarches visaient-elles à obtenir un « élément nouveau » susceptible de provoquer une réouverture du dossier devant une autre formation (2eme chambre civile et commerciale) de la Cour suprême, pourtant incompétente sur le fond, afin d’aboutir à une rétractation formelle qui, dans les faits, ne changerait rien à la position de la banque ? Les faits ultérieurs renforcent davantage l’interrogation : le nouveau Secrétariat général du gouvernement, Boubacar Camara, aurait tenté, une nouvelle fois, d’inviter Santander à Dakar le 18 decembre 2025, invitation que la banque aurait refusée. Il convient de rappeler, au passage, que le Secrétaire général du gouvernement n’agit pas de sa propre initiative : il agit dans le cadre des instructions de la Primature.
Dans ce contexte, s’en prendre à un député qui pose une question pourtant élémentaire « Où sont passés les 37 milliards de FCFA ? », ne peut qu’alimenter le soupçon. Thierno Alassane Sall n’a, jusqu’ici, accusé personne : il demande des comptes. Pourquoi cette question déclenche-t-elle une telle nervosité institutionnelle ? Quelle est la nature exacte de l’intérêt en jeu ? À Ousmane Sonko de nous le dire.
La focalisation sur Jean Michel Sène, présenté comme s’il était personnellement mis en cause, participe d’un brouillage. Elle laisse penser qu’il pourrait servir de fusible, alors que les enjeux semblent dépasser sa seule personne et relever d’un niveau décisionnel plus élevé.
Dire que l’ASER, sous votre régime, aurait électrifié plus que sous le régime précédent relève de la fable. Ousmane Sonko nous y a malheureusement habitués. Il peut être dans la légèreté, mais les chiffres, eux, sont connus et publics :
• Entre 2012 et 2018, l’ASER indique avoir électrifié environ 2 300 localités rurales ;
• À fin 2018, 4 138 localités rurales étaient électrifiées sur 21 170, pour un taux d’accès d’environ 42 % ;
• La Cour des comptes établit pour 2018 un taux d’électrification rurale de 42,30 %.
Par ailleurs, Thierno Alassane Sall n’a été ministre de l’Énergie que vingt mois. Et même s’il l’avait été pendant cinq ans, il serait malhonnête de lui attribuer exclusivement ces chiffres : le ministre reste une tutelle technique, tandis que l’ASER est dotée d’une autonomie de gestion et financière, avec un organe délibérant.
Ces données rappellent une chose essentielle : l’électrification rurale est une politique publique lourde, cumulative, qui ne se résume ni à des mises en service symboliques ni à des effets d’annonce. Lorsqu’un montant aussi important que 37 milliards de FCFA demeure entouré d’opacité, la communication politique ne suffit plus, encore moins le dilatoire.
Le débat n’est ni personnel ni idéologique. Il est institutionnel, financier et démocratique. Et sur un tel sujet, une seule réponse est acceptable : la transparence totale.
Le mensonge est un péché.
Mais l’opacité prolongée sur des fonds publics pendant que le monde rural attend l’est aussi.
Dr Madior Ly





