Enjeux Geostrategiques d’un Moratoire

La France du Président Macron, fortement décriée par une partie de l’opinion africaine, semble déterminée à prendre la tête d’une nouvelle croisade pour l’annulation de la dette des Pays africains. Cette dette est contractée auprès d’états (dette publique bilatérale) et surtout, dans une plus forte proportion auprès d’organismes privés internationaux de financement (dette multilatérale). Si les Etats prêteurs de pays africains ont la faculté de desserrer l’étau de l’endettement public, ils restent relativement démunis pour ce qui concerne la dette multilatérale.

Or la dette bilatérale des pays africains est essentiellement due à la Chine qui a financé « généreusement » les projets d’infrastructures en Afrique, au plus grand bénéfice de ses entreprises nationales et de son excédent commercial. Charité bien ordonnée, comme il se doit. De leurs côtés, les dirigeants de pays africains, instruits par les programmes précédents de réduction de la dette, ont développé une sorte de syndrome de l’assisté, en puisant allègrement dans les ressources mises à la disposition sans trop de contraintes par la Chine, avec l’espoir secret d’une générosité future de l’Empire du milieu quand le poids de la dette s’avèrera insupportable. Nous y voilà. Surtout que la deuxième économie du monde n’est pas sans reproche dans le déclenchement de ce cataclysme qui frappe la planète entière ;
La Chine, déjà pointée du doigt par une partie des pays occidentaux, acceptera-t-elle que la France, si peu « généreuse » en temps de paix, se taille une robe d’avocat des pays pauvres notamment africains puis présente la note à d’autres ? Le moratoire annoncé à grand renfort par l’Elysée et ses médias est pour l’instant un pis-aller : il s’agit de donner un an de répit au paiement d’une faible part de la dette à 40 pays africains (et 37 autres dans le reste du monde). Les créanciers multilatéraux n’ont pas pour l’heure pris des engagements de moratoire encore moins d’annulation pure et simple.
A quelque chose malheur est bon, seraient tentés de se dire les dirigeants de certains pays de la Communauté économique de l’Afrique centrale (CEMAC) qui se trouvaient face à une crise de la dette (Congo, Tchad). De manière globale, les rébellions qui balayent l’Afrique centrale et le sahel sont plus éprouvantes (pour l’instant ?) que le Covid19. Toutefois, à ces crises ouvertes très ruineuses en vie et en ressources, la pandémie vient ajouter ses impacts déstructurants. Les risques d’alimenter les rébellions diverses par l’accroissement des inégalités et de l’exclusion sont énormes. La France, qui avait fini de réaliser que les solutions aux conflits dans son domaine d’influence africain ne sauraient être que militaires, plaidait bien avant la pandémie pour davantage d’inclusion dans les pays concernés. Les experts français ont compris qu’il faut trouver très vite un vaccin contre les conséquences sociales et économiques du Covid19 en Afrique. Quitte à faire payer le fauteur de virus, la Chine.
Cette posture française est d’autant plus « généreuse » qu’elle ne lui coûte pas grand-chose comme il a été dit plus haut et que surtout la Chine ne manquerait pas son côté d’envisager « geste ». En français cela s’appelle « brûler la politesse à quelqu’un ».

Author: La Rédaction

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